Regarde les Chinois : Bethany Or

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Bethany Or

Cette semaine, à Regarde les Chinois, nous nous entretenons avec Bethany Or, 28 ans, reporter, musicienne et autres, née à Hong Kong mais grandie à Ottawa. Nous parlons de son travail, ses voyages, de vélo et de… techniques d’entrevue !

This week, at Regarde les Chinois, we are meeting with Bethany Or, 28, reporter, musician and other, born in Hong Kong, raised in Ottawa. We talk about work, travels, cycling, and… interviewing techniques!

Language of the interview / langue de l’interview: French / français

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Comme les Chinois: Qu’est-ce que tu fais comme travail ?

Bethany Or: Je me suis toujours beaucoup intéressé aux questions d’immigration. Je travaille à une station de radio internationale nationale (sic) basée à Montréal. Je spécialise vraiment dans les questions migratoires. Ça va être tout ce qui va être relié à l’immigration, que ce soit l’identité, les frontières, les réfugiés, les communautés… J’ai aussi beaucoup de liberté dans mes sujets. Parce que tout peut être vu à travers les lentilles de l’immigration. Si on vient d’une famille immigrante, on va déjà avoir cette perspective-là. Moi, j’ai grandi dans une famille immigrante, et je suis moi-même techniquement immigrante. Je suis toujours portée à voir ces choses-là.

CLC : Tu t’es toujours intéressée à ça ?

Oui, même si je ne pouvais pas les nommer quand j’étais petite. J’avais des notions de ce que c’était d’être canadienne, d’être chinoise. Et puis, j’allais entre les deux. Il y aurait des périodes de trois, quatre ans et demie où est-ce que je me sentais vraiment canadienne – je n’avais que des amis canadiens. Pis d’autres années que où est-ce que je ne mangeais qu’avec des baguettes, à l’école (rires), et m’identifiait vraiment vraiment avec l’identité chinoise.

Je pense que maintenant, je me suis rebalancée vers le milieu, puis je suis confortable avec les deux milieux.

CLC : Où est-ce que tu as grandi ?

Moi j’ai grandi à Ottawa. Quand j’étais petite, il n’y avait pas beaucoup de minorités. Maintenant, ça a changé beaucoup – le portrait d’Ottawa s’est grandement diversifié. Je me souviens, quand j’étais petite, j’étais toujours la seule Chinoise dans notre classe. On disait toujours des prières protestantes… Ouais, c’était une enfance paisible, une ville paisible!

CLC : Est-ce que la religion joue un grand rôle dans ta vie ?

Maintenant non, mais mes parents font partie de cette micro-culture de Chinois chrétiens. Donc, quand j’étais petite, on allait à une église, et c’était une église chinoise. Vu que quand mes amis sont arrivés au Canada, à Montréal, ils ont tout de suite fait des amis chrétiens. Alors, la plupart de leurs contacts sont restés dans cette communauté-là. Ils faisaient le service en cantonnais et en anglais. Puis, on chantait en cantonnais et en anglais.

CLC : Tu es immigrée quand tu avais deux ans. Es-tu retournée à Hong Kong ?

Je suis allée une fois. C’était un peu le rêve de ma mère. Quand j’ai fini mon secondaire, j’ai décidé de ne pas tout de suite aller à l’université. Je n’étais même pas sûre d’aller à l’université.

Ma mère en a profité pour m’inviter à aller voir notre « heung ha » (village ancestral). Je ne sais pas pourquoi, mais on avait jamais pris la décision d’aller visiter avant mes 19 ans. Peut-être à cause de l’argent… c’est très cher. Donc, on a décidé de retourner, et on est arrivé à Hong Kong. J’ai rencontré ma grand-mère pour la première fois, mes tantes, mes cousines, puis on est allé au village de ma mère.

En parlant de religion, elle a quitté ce village quand elle avait cinq ans. Puis en revenant, les gens demandaient « vous êtes allée où? tu étais où? ». Ils s’en rappelaient d’elle! Et elle était déjà dans la cinquantaine. Et on est allé à l’église qui était là. Et les gens étaient « eh! ça fait tellement longtemps! »… Donc, les gens s’en rappelaient. Ça me frappait juste parce qu’il y a des communautés qui sont tellement ancrées. Puis je ne pouvais pas m’imaginer cela. Si je retournais dans le quartier où j’étais à cinq ans que les gens feraient ça.

CLC : C’était en Chine ou à Hong Kong ça ?

C’était en Chine, dans le village de ma mère, mon « heung ha », donc. Ma mère est Toisan et mon père est Chiu Chow. (Mais) Il vient de Shanghai.

CLC : T’as envie de retourner ?

Les dernières années, j’ai beaucoup pris l’initiative d’aller visiter. Un moment donné, je pensais vivre à Beijing. Je me suis même trouvé un emploi là-bas. Finalement… je ne sais pas. Je suis revenu avec le sentiment que je me sentais plus confortable dans la communauté chinoise ici, que en Chine.

CLC : Je pense que c’est naturel… On est déraciné, t’sais, on vit toute notre vie outre-mer, alors on s’identifie à quelque chose de différent.

Et toi tu vas en Chine, tu dois te sentir Chinois!

CLC : Oui, je pense que c’est cette dualité d’origine, trialité dans certains cas.

Ben, pour nous, d’apprendre le français, l’anglais, le chinois, puis moi, l’espagnol. On a plusieurs façons d’être. C’est ça qui est fascinant.

CLC : Ouais, l’autre jour tu me parlais d’Alden Habacon et de son Schema Mag. Les schemas, c’est des profils…

Complexes! Des profils complexes, c’est-à-dire, il veut re-conceptualiser l’idée de la diversité, parce qu’on pense souvent au Canada, que ça veut que dire l’ethnicité, la langue, la religion. En fait, c’est beaucoup plus que ça. Son argument à lui, c’est que des gens qui ont des schemas complexes, nuancés. Son exemple serait quelque chose comme un Africain, qui a grandi au Québec, qui vit sur l’Île du Baffin, travaille comme ingénieur, qui a été formé en arts visuels. Quelqu’un qui est bien balancé entre plusieurs mondes, cultures – ces gens-là, avec des schemas intéressants, vont profiter davantage de la vie, vont avoir du succès, parce qu’ils se sentent à l’aise dans tellement de différents environnements.

CLC : Je sais que tu es musicienne,… quelle genre de musique fais-tu, et comment est-ce que ça a commencé ?

Depuis dix ans, je me concentre sur l’accordéon… mais je joue la plupart des instruments. J’essaie de jouer beaucoup. Récemment, mes trois projets étaient un trio de jazz chinois – musique des années 20 de Shanghai (Shanghai Triad), une référence au film de Zhang Yimou; un autre projet était un collectif d’opéra – on présentait des morceaux d’opéra dans des bars; puis troisièmement c’était un groupe de rock.

Ça a commencé parce que, quand j’étais petite, comme beaucoup de petites asiatiques, j’avais pris des leçons de piano. Depuis l’âge de six ans, je jouais de la musique.

CLC : As-tu toujours aimé la musique ?

J’ai pas toujours aimé. Certainement pas toujours aimé mes cours. Il y avait une période de quatre ans où est-ce que je ne jouais pas du tout, parce que j’en avais assez d’avoir à suivre tous les cours, avoir reçu mes diplômes… J’étais juste peut-être un peu tannée.

CLC : C’est devenu une corvée pour toi ?

C’était un devoir, une distraction… d’une vie normale (rires). Mais bon, c’est un outil que j’utilise souvent maintenant. Ça fait tellement partie de mon tissu, que je ne peux pas me plaindre.

Il y a plein de musiciens que je sois dans la scène qui ont suivi des cours classique pendant leur enfance. Mettons, Bell Orchestre, Final Fantasy, Joanna Newsom, des gens qui se sont perfectionnés dans le monde classique, et se sont transplantés vers la musique pop. Donc, c’est pas juste moi.

CLC : S’il y avait un endroit où tu voudrais vivre, lequel serait-il ?

J’en sais pas trop, mais je pense beaucoup a Bombay….

CLC : Tu as été en voyage en Inde ?

Oui, en Inde et aux Émirats Arabes Unis… C’est quoi la question?

CLC : (rires) Plutôt, qu’est-ce que tu as trouvé là-bas ?

Naturellement, j’ai fait beaucoup de comparaison entre la Chine et l’Inde, parce que ce sont deux pays en pouvoir en Asie, parfois en compétition, souvent dans le passé, en agression contre l’un et l’autre. Mais c’est un pays créatif, beaucoup plus que la Chine. Plein de couleurs, plein de vie. Puis une certaine harmonie entre toutes les religions, les ethnicités, les langues. D’une certaine manière, oui il y a beaucoup de conflits, mais d’une certaine manière, surtout à Bombay, il y a comme une espèce de balance qu’on trouve… le respect… Je généralise beaucoup, mais lors de mon expérience là-bas, j’ai rencontré des juifs, des musulmans, des zoroastrians…. Il y avait comme une nonchalance. Ils disent « oh, tu es Chinoise! Oh ok… »

Puis si je puis me le permettre, encore plus relaxe qu’au Québec. Ici, il faut que j’assume un peu plus mon identité. Là-bas c’était vraiment comme, « ah ouais, Chinois… »

CLC : Tu t’intéresses beaucoup aux thèmes de citoyenneté, de cultures, de multiculturel…

Ouais, puis peut-être à cause du fait que je soye née en Chine, à Hong Kong, ça m’aide à être confortable avec le fait d’être Chinoise, parce que j’ai une réponse facile. Quand les gens me demandent d’où je viens, je réponds « Je suis née à Hong Kong ». Je n’ai pas besoin d’expliquer que je suis Chinoise, j’ai grandi au Canada… « Je suis née à Hong Kong » : c’est complet, c’est vrai, c’est objectif, c’est simple, et je dis ça comme ça.

Mais je suis née avec une citoyenneté canadienne, et j’ai jamais été Chinoise de citoyenneté. Donc, il y a ça aussi, et dépendant de la personne, je vais ajouter cette phrase ou non.

CLC : Intéressant… J’ai pas préparé de questions, on pourrait aller comme un peu partout!

Hmm, de quoi on pourrait parler… Ben, je pourrais te raconter des histoires! Ah oui, ce que tu voulais me demander pour la Saint-Valentin. Hier, c’était la Saint-Valentin, vers six heures, il était convenu que ma famille allait souper ensemble au restaurant. C’était à un ancien ami à mon oncle, qu’il a connu à Charlottetown, quand ils étaient serveurs ensemble. Puis, l’ami de mon oncle a eu beaucoup de succès comme chef. Et il avait ouvert un resto sur la Rive-Sud qui avait beaucoup de succès. Maintenant, il a décidé d’aller sur l’Île de Montréal, et est avec un espèce de restaurant fusion asiatique. Puis on est arrivé, et j’avais des doutes. (rires) Hmm, fusion, ça veut dire quoi, exactement?!

En fait, il nous a cuisiné des mets qui n’étaient pas disponible sur le menu! Quelque chose de spécial, parce qu’on était des amis.

CLC : Pour le nouvel an…

Ouais, c’était plutôt pour le nouvel an. Je te disais la Saint-Valentin, mais tu as raison, c’était donc pour le nouvel an.

Il y avait ma grand-mère, mes deux oncles, mes cousines, ma tante, on a mangé du Canard de Pékin, vraiment des bons mets. Puis c’était drôle, parce que dans le restaurant, on était quasiment les seuls Chinois. Le resto était rempli d’amoureux pour la Saint-Valentin, puis on était bruyants, on faisait des blagues, on utilisait trop de mouchoirs, on avait plein plein de bouffe, style chinois qu’on partageait… et on fittait tellement pas! (rires) Les gens étaient avec leur vin, deux personnes, deux assiettes séparées!

CLC : Tu pédales beaucoup toi ?

Ah oui! Et ça me rappelle un bon ami de mes parents. J’ai reçu une nouvelle hier qu’un bon ami de mes parents est décédé du cancer. C’est quelqu’un que je ne connais pas très bien, mais j’ai vécu avec cette famille-là quand je travaillais à Toronto, et c’était très gentil de me laisser vivre chez eux. Lui, Eugene, il venait de Hong Kong, sa femme aussi. C’était vraiment pas un gars de Hong Kong typique, parce qu’il s’intéressait beaucoup au vélo!

CLC : C’est vrai que c’était pas facile de faire du vélo à Hong Kong !

Oui. C’était vraiment un personnage, parce que même mes amis non-Chinois le connaissaient. Il avait une boutique de réparation de vélo assez connue à Toronto. C’était quelqu’un de chaleureux, très généreux. Les gens le connaissaient. Il était aussi un personnage parce qu’il avait son grand vélo de Chine, puis il allait dans les rues dans le centre-ville de Toronto, faisait beaucoup d’ateliers sur le vélo.

C’était vraiment un personnage non typique, avec une vision. D’un côté, il adorait les vélos, et je pense qu’il avait une vision sociale. Il se disait, au centre-ville, ça n’a pas de bon sens qu’on ait tellement de voitures. Il faut qu’on facilite l’utilisation de la bicyclette.

CLC : Toi à travers ta job, as-tu rencontré beaucoup de gens intéressants, que tu as interviewés ?

Oui, sauf que j’aime en général les gens qui n’ont pas des profils énormes. Ils sont juste des gens monsieur-madame tout-le-monde, sont plus intéressants.

CLC : Pourquoi ?

Parce que… Ils sont peut-être intéressants pour moi, parce qu’ils ne sont pas portés à ne pas se faire interviewer, alors on peut sortir un peu de l’ordinaire. On peut avoir cette découverte. C’est sur ça que je trippe en faisant de la radio. Dans la vie, c’est la chose qui me passionne, à parler à quelqu’un, un étranger, un voisin, puis avoir cette découverte. Je crois beaucoup au hasard. On commence une conversation, et on ne sais jamais où ce que ça peut aller. Je trouve que c’est une habileté de rester à la possibilité que ça puisse aller comme ça quoiqu’on ait prévu d’aller comme ci!

Avec les gens qui ne sont pas connus, on peut faire ça. Avec des politiciens, des gens d’un certain statut, ils ont déjà un message, généralement, à dire, très difficile à se sortir pour avoir cette humanité que je recherche. J’essaie de cultiver ça et mon emploi me permet de le faire!

CLC : En dehors de ton emploi, est-ce que tu fais ça ?

J’essaie, pendant mon voyage, dans le métro, dans l’autobus. Ce n’est pas à chaque moment que je vais me sentir à l’aise de le faire. Comme aujourd’hui, j’ai un mal de gorge, alors je ne vais pas tellement parler aux étrangers! (rires)

Ça dépend des situations. Évidemment, des fois les gens veulent que tu les laisses tranquille, comme sur la rue! (rires) Mais je trippe vraiment sur ça. En fait, beaucoup de mes amis, je les ai rencontrés comme ça, par hasard. Ça donne de l’espoir, ça mène à l’optimisme quand on peut faire ça!

Quand j’étais petite, j’étais vraiment gênée. Je sentais toujours que je voulais parler aux gens, mais que je ne pouvais pas. C’est en commençant à travailler à la radio que j’ai découvert que je pouvais le faire. Ça a complètement changé ma personalité. J’ai appris comment à ne pas être gênée. Je suis beaucoup plus contente de ne pas être gênée.

CLC : T’en apprends tellement plus sur toi même en parlant à des gens.

Puis il y a des choses qui se passent partout, des gens intéressants partout, et si on ne parle pas, on a pas accès à ça. À mon avis c’est important de parler aux étrangers. On ne sait jamais qu’est-ce qu’il pourrait arriver.

CLC : C’est ça que tu prends pour le rhume ? (pointant vers le bonbon Ricola)

Généralement, je prends un shot du whiskey, mais j’en avais pas chez moi… Je mange beaucoup d’aïl.

CLC : Cuisines-tu beaucoup ?

En ce moment non. Ça va en fonction de la cuisine que j’ai chez moi. Puis, présentement je reste dans un appart avec une cuisine minuscule. Mais j’aime cuisiner pour les autres. Mon plat typique serait du riz, des légumes, et un oeuf brouillé, parce que c’est facile! Je viens d’investir dans un rice cooker Tiger. Je l’ai eu à New York quand le taux de change était excellent! Et puis c’était un investissement excellent.

CLC : Tu es allée à New York, t’as aimé ça ?

Oui, bien j’ai de la parenté par là-bas, donc j’y suis allée souvent. D’une certaine façon ça ressemble à Bombay. Tout le monde y arrive avec leurs idées, beaucoup de rêves, il y a toujours quelque chose qui se passe.

CLC : T’as beaucoup de différentes cultures qui se mélangent…

En fait, quand j’avais 19 ans, une de mes idées, c’était d’aller dormir sur le plancher de chez ma cousine, et d’aller à une école d’art.

CLC : C’est donc une ville où tu vivrais ?

En fait non. Je pensais que oui, mais en connaissant le style de vie que mes cousines, leurs enfants ont… Les gens gagnent beaucoup, et dépensent beaucoup. J’avais l’impression que l’emploi typique c’était de travailler à Manhattan et de gagner dans les six chiffres. Mais j’avais aussi l’impression que ce qu’ils font comme activités, leur style de vie, les sorties, c’était pas très différent de ce qu’ont fait à Montréal. Sauf que ça coûte dix, vingt fois plus cher! Donc, je me suis dit, c’est quoi le but? Les grosses villes comme New York, Bombay, Paris, c’est compliqué à s’organiser, parce que pour voyager d’un bout à l’autre de la ville, ça peut prendre genre une heure et demie. Moi, je suis plus fan des villes de taille moyenne, comme Montréal! À un moment donné, peut-être que oui, mais là, non…

CLC : Je vais aller encore comme ça, dans une direction totalement opposée dans mes questions, mais… Est-ce que tu fais beaucoup de sports ?

Eum, alors je marche pour aller au travail, chaque jour, et je prends un cours de danse moderne en ce moment. Au secondaire, je faisais beaucoup de kung fu… c’est un peu gênant quand je voyage dans les autres pays, (et que le monde demande) « eille, t’es Chinoise, est-ce que tu fais du kung fu » oui… (rires). Je le faisais avec mon père, c’était quelque chose que je faisais avec ma famille.

Par le passé, j’ai fait un peu de boxe amateur. Je trippais sur les voyages de vélo. Ah oui, et je courrais beaucoup, des longues distances. Il y a une patinoire, devant chez moi, au Parc Lafontaine, alors je nage beaucoup. Je nage… je ne fais pas beaucoup de sports organisés. À un moment donné, je faisais beaucoup de soccer.

CLC : Tu écoutes beaucoup de musique? À part ta musique, qu’est-ce que tu préfères le plus?

(rires) Je préfère les vinyls. J’aime la musique des années 60, 70. Je viens de donner en cadeau hier, le Blood on the Tracks de Bob Dylan. C’est un classique que j’avais quand j’avais 18 ans. En revenant (d’Inde) en avion, c’était dans le menu, je me suis mis à pleurer à écouter les paroles.

J’aime beaucoup cette musique des années 20 de la Chine. J’aime beaucoup le jazz. J’écoute comme du Françoise Hardy…

CLC : Ah oui, ma mère écoute beaucoup ça…

Je pense que toutes les mères francophones écoutait ça! Je viens de découvrir ça. Et j’étais à Ottawa avec mon frère pendant le temps des Fêtes, et il m’a donné plein d’albums, incluant, k-os, Joyful Rebellion – c’est super bon, c’est hilarant la façon qu’ils font de la production, les sons dedans qui font éclater de rire. Il m’a aussi donné aussi Elliott Smith, New Moon, que j’écoute beaucoup.

J’aime aussi beaucoup juste la musique par hasard aussi. Les gens qui jouent sur la rue. Quand j’allais en Chine, j’amenais toujours l’enregistreuse de son, pour enregistrer des musiciens de erwu, de flûte.

CLC : Encore un autre virage, et c’est peut-être un peu méta, mais est-ce que ça t’arrives d’improviser des entrevues ?

Oui. Généralement, je vais préparer trois à cinq questions. La première doit être super bonne pour donner une impression. Ce qui arrive, en parlant, quand l’invité dit quelque chose qui pique mon intérêt, je l’écris, et je vais improviser une autre question. Normalement, j’ai comme plein de questions, mais en parlant. Parfois ça va aller complètement de l’autre bord.

Mais je pense que les gens ordinaires n’aiment pas ça se faire diriger dans une entrevue. Pour ce qu’on fait, toi et moi, on peut aller de n’importe quel sens. Je pense que ça aide encore plus pour la confiance, l’ouverture aussi, si on a pas un plan précis. Ça veut dire que, un invité aussi peut diriger. Comme le fais en ce moment!

CLC : Tu veux continuer à diriger ? De quoi veux-tu parler ?!

Tu vas aller en Chine bientôt ?

CLC : Oui, je vais aller en Chine. J’ai des plans pour ça. Je vais écrire, rencontrer des gens…

Tu vas faire de la radio ?

CLC : Ah, je ne sais pas. Je n’ai jamais fait de la radio. J’ai été interviewé récemment à la radio (CKUT), il y a deux mois, et je n’avais jamais fait plus que de la radio étudiante (au secondaire). Ça fait drôle d’écouter sa voix.

C’est dûr hein. J’aime pas ça! (rires)

CLC : Ouais, ben tu me disais qu’à un moment donné, tu n’avais pas été en ondes depuis quelques mois…

Ouais, mais ça revient facilement. C’est comme les langues. Quand je suis dans un contexte cantonnais…

CLC : Tu ne parles pas vraiment cantonnais, tous les jours, hein ? À tes parents, tu parles quelle langue ?

Non, pas tous les jours. Eux entre eux, ils se parlent un mélange de 60% anglais, 40% chinois, même dans la même phrase. (rires) Entre nous, c’est 90% anglais, 10% chinois, dépendant des sujets. Plus qu’ils vieillissent, plus on parle le chinois. Les sonorités anglophones viennent plus difficilement. Ils deviennent de plus en plus sourds! (rires) Il faut vraiment que je perfectionne le cantonnais. Mais avec ma grand-mère, c’est que le cantonnais.

CLC : Ta grand-mère vit au Quartier Chinois ?

Oui, j’ai même avec elle quand je suis arrivé à Montréal, pour quatre mois. Ça faisait drôle, parce que j’étais vraiment la plus jeune dans tout l’édifice. Et puis, c’était juste un micro-monde à part. Ma grand-mère et la plupart des gens dans l’édifice ne pourraient pas vivre ailleurs à Montréal. Si tu veux être vraiment être autonome, faire n’importe quoi, acheter leur nourriture, leurs journaux, prendre un thé, je ne peux pas imaginer qu’ils puissent vivre sur le Plateau.

CLC : À Toronto, t’as des quartiers au complet comme ça, comme à Markham. On parle de Brossard ici, mais c’est pas vraiment comme ça.

Non, on est pas rendu là. Comme à Richmond (banlieue de Vancouver). Je suis allée là-bas l’été dernier pour la première fois. De voir ces centres d’achats remplis de gens qui parlaient le cantonnais… woaw!

Il y avait, mettons, une boutique qui ne vendait que le dou jeung (lait de soja), mais tellement de variétés!

CLC : Pas quelque chose que tu trouverais à Montréal. Aimerais-tu avoir ça à Montréal ?

Je ne sais pas. Je me dis que que je ne tiens à ce que je sois toujours dans un environnement chinois. En fait, ça serait plate d’être toujours dans un environnement quelconque. Je pense qu’à Montréal, on a plus d’opportunités à faire des ponts entre les communautés. À Vancouver, j’avais l’impression que les gens restent … dedans (leurs communautés). Ça me mettait un peu mal à l’aise en fait. Dans la rue, je voyais les Taiwanais avec les Taiwanais, les Coréens avec les Coréens, et les Japonais qui se tenaient ensemble. Peut-être que c’était juste le quartier où j’étais, mais ça me mettait un peu mal à l’aise qu’on puisse vivre sans vouloir connaître d’autres, ou d’éliminer la possibilité de rencontrer d’autres…

CLC : Ben, je sais que tu avais fait à la radio où tu t’intéressais aux différentes communautés chinoises à Montréal.

Oui, parce que c’est faux de dire « La Communauté Chinoise ». Parce qu’il y en a des centaines. Au Canada, disons que c’est deux ou trois. Les anciens immigrants qui sont arrivés du Guangdong…

CLC : Mais même là, je ne suis même pas d’accord que c’est vrai. Parmi ceux qui parlent cantonnais, t’en as qui sont arrivés de Chine continentale, d’autres comme mes parents qui viennent d’outre-mer, et d’autres de Hong Kong.

Oui, et même dedans, tu as des Toisan, Chiu Chow, des gens qui parlent une langue différente…

CLC : Mais ces gens-là, et c’est une impression que j’ai, mais que les nouveaux immigrants par exemple se rassemblent ensemble quand ils arrivent au Canada, se reconnaissent comme Chinois…

Bien il y a la langue, le Mandarin. Je pense qu’à l’époque, les gens vennaient surtout de Guangdong, outre-mer ou de Hong Kong, il n’y avait pas encore cet enseignement du Mandarin à l’école.

Toi-même, tu as dû probablement avoir vécu ça, et quand tu rentres dans un magasin, et qu’ils sont: « ah, tu es chinois! ». Il y a quand même une fraternité entre les Chinois…

CLC : En même temps, la fraternité… quand c’est bon pour les ventes! Comme on est allé à un restaurant en fin de semaine, puis on jasait d’où est-ce qu’on venait. Le serveur venait de Tianjin, et son collègue était de Hong Kong, mais ils parlaient Mandarin. Tout ça pour dire… ils font peut-être ça pour les affaires!

Ben, je ne suis pas nécessairement d’accord avec toi. C’est pour déterminer s’ils peuvent parler cantonnais avec toi! (rires)

CLC : Mais encore maintenant, le Quartier Chinois est très cantonnais.

Oui, encore là je ne peux pas te nommer un resto qui n’est pas…

CLC : Oui, bien la nouvelle place de fondue, qui est une chaîne de Chine en fait.

Puis y’a des restos vietnamiens… Et il y avait un resto taiwanais. Ouais, puis ce qui est sorti dans ce reportage-là, c’est qu’ils ne se sentent pas nécessairement les bienvenus dans les restaurants cantonnais. C’est pas nécessairement leur culture, et il y avait des frictions.

Y’a aussi que dans la Chine, le Sud de la Chine est vu comme un peu plus rough, le Sud c’est moins cultivé, genre! Puis c’est une question de classe. Les gens qui ont immigré ça fait longtemps, ils n’ont pas été des professionnels. Comme dans ma famille, on a des serveurs dans les restaurants chinois, des gens qui travaillent dans des cafétérias, dans des fabriques. Si quelqu’un arrive de Chine maintenat, sûrement qu’ils vont avoir une profession d’ingénieur, médecin… Pas juste la culture, mais aussi l’éducation

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